La musique souvent me prend... comme l'amour

« L'époque dodécaphonique, c'est un peu comme
si le béton armé se prenait pour la cathédrale de Chartres. »

262 pages. Couverture souple illustrée (photo : Patrick Ullmann).  170 x 220 mm.
Édition établie par Robert Horville.

ISBN : 9782951346000

Publié le 28 mai 1999 par La Mémoire et la Mer.
En 1947, Léo Ferré met un pied à la radiodiffusion française. Il va produire et présenter sur Paris-Inter plusieurs cycles d'émissions consacrées à la musique classique. À côté d'une carrière d'auteur-compositeur et d'interprète qui peine à décoller, ce travail permet à Léo d'obtenir un peu de stabilité et de reconnaissance tout en l'immergeant dans la musique, ce qui lui donne l'opportunité d'approfondir ses connaissances et d'affiner sa réflexion. Cette dernière trouve à s'exprimer tout particulièrement dans Musique byzantine, rendez-vous hebdomadaire diffusé d'octobre 1953 à juillet 1954.

Loin de tout didactisme encyclopédique, Léo Ferré y dresse le portrait musical de grands compositeurs de la fin du XIXe siècle et du premier XXe siècle : Berlioz, Wagner, Debussy, Ravel, Stravinski, Bartók, mais aussi Schönberg et la seconde école de Vienne, Prokofiev, le groupe des Six ou encore Kurt Weill. Il s'exprime par ailleurs de façon percutante sur des notions telles que la tonalité, le rythme, l'exotisme, la mélodie, l'ennui, l'originalité et sur des genres comme l'opéra ou la « musique guimauve ». Il interroge la surabondance de l'offre musicale et l'émoussement de l'écoute, dénonçant la banalisation de la musique assujettie au commerce phonographique. « Être informé de tout et condamné ainsi à ne rien comprendre » disait Bernanos... À l'heure de l'omniscience internétique et du moindre effort mental face à une « infobésité » vécue par beaucoup comme anxiogène, la clairvoyance de Ferré a de quoi épater.

Nous voilà rendus en 1953 au « terminus des dilettantes », ce moment où l'intellectualisme, en quoi consiste la recherche éperdue de procédés et de systèmes, se substitue à la nécessité de l'expression sensible, la présomption de la tabula rasa au respect des saines contraintes héritées de la tradition, la chosification industrielle à une écoute vivante. Autrement dit : l'art musical contemporain (savant) est entré en décadence et le projet critique de Ferré consiste à le faire savoir, afin de faire barrage à l'escroquerie par quoi se justifie alors l'avant-garde dodécaphonique, dernier avatar de cette décadence.

Il ne subsiste aucune trace sonore de ces émissions. Seuls les textes préalablement rédigés par Léo ont été préservés et ici assemblés pour former un livre savoureux et surprenant, véritable déclaration d'amour à la musique. Le poète y affirme hardiment ses dons de prosateur, opposant avec panache sa lucidité au credo esthétique de l'intelligentsia d'alors, qui s'imposera en France pendant quarante ans. Depuis lors, l'histoire a tranché. Et devinez qui avait raison ?

Alaric Perrolier – 2017
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