Léo Ferré chante Baudelaire

« Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille,
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici. »

Léo Ferré n'aimait pas la pochette originale de cet album, réalisée sans son consentement, au point de la faire remplacer en 1973 par celle-ci. Nous respectons ici sa volonté. Pour découvrir le visuel initial, cliquez sur l'image.

Textes : Charles Baudelaire
Musiques : Léo Ferré

Musiciens :
  • Janine de Waleyne, voix solo
  • Lionel Gali, violon solo

Arrangements & direction musicale : Jean-Michel Defaye
Prise de son : Gerhard Lehner
Production exécutive : Jean Fernandez
Crédits visuels : Vanni Tealdi (première édition), Charles Szymkowicz (édition définitive)

Enregistré du 13 au 16 juin 1967 aux Studios Barclay, Paris (France).
Publié en ? 1967 par Barclay.

Ayant opposé aux forces de l'inculture marchande, du conservatisme bourgeois et du corporatisme des gendelettres le triomphe artistique de ses chevaleresques albums consacrés aux poésies de Louis Aragon, ainsi qu'à celles du couple Verlaine-Rimbaud, Léo Ferré n'a plus rien à (se) prouver. Parvenir à faire exister cet art vital et pourtant méconnu de la poésie au sein de la culture de masse audio-visuelle de son temps, voilà qui est fait et suprêmement bien fait.

Et pourtant... Cent ans après la culbute finale de Charles Baudelaire, voilà que Léo remet ça. Avec l'envergure qui sied aux « vastes oiseaux des mers » — deux disques à nouveau — le voici qui « escalade le dos des flots amoncelés » en un cycle de vingt-trois Fleurs du mal plus un Petit Poëme en prose (L'Étranger).*

Mais on ne fréquente pas impunément Baudelaire ; son venin s’insinue dans les âmes les plus fermes… et les « valse mélancolique et langoureux vertige » de naguère s'effacent aujourd'hui devant la nuée fuligineuse du spleen, contre quoi il ne saurait y avoir d'issue. La femme cruelle, envoûtant tourment du poète, exsude ici des pièces retenues par Léo. Aussi serions-nous tentés de percevoir derrière les grandes orgues fraternelles du mémorial une nécessité plus intime pour lui, un moyen « autorisé » d'exprimer au grand jour ce qui lui comprime secrètement le cœur ; la dernière clairière dans la sylve de sa vie, inextricable comme la mort.

« Ô fangeuse grandeur ! Sublime ignominie ! » Baudelaire nous pénètre au cœur comme une épine bienfaisante. Et nous voici éblouis et déconfits, de la mutité du caveau au rire ébréché des courtisanes, embourbés de pleurs aux bizarres entrelacs d'une âme accroupie sous des lambris allant se délitant ; tant désireux du mascaret du soir.

Inépuisable, Léo Ferré trouve une nouvelle fois la musique derrière les mots de chaque poème et superbe est son chant. Jean-Michel Defaye retrouve l'impeccable gravité déployée trois ans auparavant sur l'album Verlaine et Rimbaud, ne changeant guère un équilibre qu'il sait avoir atteint (d'aucuns pourront lui reprocher son systématisme). L'album est un enchantement qui rend assurément « l'œil plus clair et l'oreille plus fine ».

Après cet éloquent point d'orgue, à placer au rang des triomphes précités, Léo ne publiera plus de nouvel album consacré aux poètes de son vivant, à l'exception tardive de son ami Jean-Roger Caussimon et de la Saison en enfer, dont l'art et la manière diffèrent.

Alaric Perrolier — 2019

* L'album ne propose plus désormais que 23 titres. Épigraphe pour un livre condamné, enregistré en duo par Léo Ferré avec sa femme, a été supprimé des rééditions à la demande de l'artiste.

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