Une saison en enfer

« Ah ! remonter à la vie ! Jeter les yeux sur nos difformités. Et ce poison, ce baiser
mille fois maudit ! Ma faiblesse, la cruauté du monde ! Mon Dieu, pitié,
cachez-moi, je me tiens trop mal ! »

Texte : Arthur Rimbaud
Musiques, piano, vocalises, sifflotements & mains frappées : Léo Ferré

Prise de son & réalisation : Paolo Bocchi
Production & réalisation artistique : Léo Ferré
Assistant : Mathieu Ferré
Crédits visuels : Charles Szymkowicz, Paul Verlaine (verso)
Texte de présentation : Léo Ferré

Enregistré en septembre 1991 au Studio Regson, Milan (Italie).
Publié en novembre 1991 par EPM.
Léo Ferré tire sa révérence en faisant le choix de s'effacer derrière le Je d'un autre. Mais pas n'importe quel autre ! Ni n'importe quel texte. Léo ressort de son vieux buffet une maquette enregistrée jadis pour son bon plaisir, une improvisation sur la Saison, prose capitale et vénérée devant quoi tout l'Occident des Lettres pérore et s'incline. Essai récréatif pour Léo, défi sans doute, vérification peut-être ; en aucun cas un nouveau cheval de bataille. Chanter de la prose est une gageure et Léo aura toujours été très clair à ce propos : c'est se condamner à refaire éternellement Pelléas et Mélisande de Debussy. Doutait-il de son instinctif coup de poker de 1963 ?

Il faudra le prétexte du centenaire Rimbaud et l'amicale pression du vidéaste Jean-Christophe Averty pour que Léo Ferré, presque trente ans plus tard, réécoute sa bande de travail, y reconnaisse l'élan juste et le juste émoi, et décide alors d'entrer en studio dans le plus simple appareil, pour l'enregistrer de mémoire (il n'existe pas de partition autographe connue !).

Bien que Léo y apporte plusieurs transformations de taille et de détails, cette approche informelle lui permet de restituer le jaillissement issu de sa confrontation avec le texte. L'artiste ne cherche pas à contraindre dans un cadre mélodique strict le rubato de cette langue autoritaire et labile ; seuls le guident les remous de l'oralité. En retournant à un primitivisme aussi abrupt que la prose de Rimbaud elle-même, le musicien esquive le piège tendu par Debussy, et, plus « métal bouillant » que « frisson d'eau sur de la mousse », tranche avec tout son travail antérieur sur Baudelaire, Aragon, Verlaine et Rimbaud, à quoi il serait vain de comparer le présent disque.

Il importe ici que la Saison soit illuminée de l'intérieur, limpide comme jamais, sans que son altérité en soit altérée. À nouveau preuve est faite de l'exceptionnelle force d'incarnation confraternelle qui anime Léo Ferré, de sa virtuosité interprétative, de sa capacité à surprendre encore par sa radicalité. Cet album est un grand album.

Quatre extraits de la maquette peuvent être écoutés dans le double-album Maudits soient-ils !.

Alaric Perrolier – 2016
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