Les Loubards

« Écoutez !
Tous ces mots merveilleux
De l'humain Paradis
Pour vous souhaiter l'oubli
Ou vous donner des ailes... »

Textes : Jean-Roger Caussimon
Musiques : Léo Ferré

Orchestre symphonique de la RAI-Milan
Giuseppe Crott, cor solo
Alberto Caroldi, hautbois solo

Orchestrations & direction musicale : Léo Ferré
Prise de son & réalisation : Paolo Bocchi
Production & réalisation artistique : Léo Ferré
Coordination : Michel Larmand
Crédits visuels : Alain Marouani

Enregistré en ? 1985 au Studio Regson, Milan (Italie).
Publié en ? 1985 par EPM.
Ourdi au mitan des années 1970, dans le sillage des retrouvailles autour de la chanson Ne chantez pas la mort, ce projet d'album réalisé à quatre mains, mettra dix ans à se concrétiser. Jean-Roger Caussimon, homme de théâtre et de cabaret, grand et doux poète du « désespoir raté » devenu chanteur de ses propres textes sur le tard, connait et admire Léo Ferré depuis 1946. Pour Ferré, Caussimon c'est « le verbe juste, la césure incassable, et la rime comme un rappel de l’aventure et de l’idée première ». C'est le verlainien vague-à-l'âme, la ténuité du blues de la vie qui va. C'est aussi un ami au long cours, discret et fidèle, dont il a mis les textes en musique de façon ponctuelle mais fructueuse  (Monsieur William, Le Temps du tango, Mon Sébasto, Comme à Ostende, Nous deux...), le « Grand Will » lui apportant alors cette écriture typiquement chanson qui lui faisait défaut ; une capacité à croquer de manière vivante des personnages, un sens aigu de l'atmosphère, une immédiateté dépourvue de facilités. Caussimon c'est aussi le sixième poète à avoir droit à tout un album de la part de Ferré après... Baudelaire, Apollinaire, Aragon, Verlaine et Rimbaud. Excusez du peu !

La chose diffère ici cependant. Le Ferré des années 70 n'a plus grand chose à voir formellement avec le Ferré « artisan de la chanson » des décennies antérieures. Ses préoccupations d'ordre « philosophique » (quel sens donner à sa vie ? Comment vivre dans l'amour ?) s'expriment désormais par le truchement d'un verbe prolixe, explosif et surréel où l'image l'emporte sur la versification. Le décalage avec l'art de Caussimon, attaché aux situations ordinaires et à une prosodie plus rigoureuse, est allé s'élargissant. Caussimon en a peut-être été intimidé. Toujours est-il que Léo ici ne met pas en musique un corpus de textes déjà existants, ou si peu ; il demande à Jean-Roger d'écrire, en lui suggérant parfois des thèmes, des points de départ. Cela amène assez logiquement Caussimon à prendre son ami pour source d'inspiration ; sa personnalité, certains leitmotivs de son œuvre. Caussimon « ferréise » sur le fond et Ferré « caussimonise » sur la forme, qui ne hausse ici jamais le ton. Une telle démarche aboutit à cette situation inédite d'un Léo Ferré se mettant en bouche son propre Je, recréé sur-mesure par la sensibilité d'un autre. Drôle de ménage !

Et pourtant l'alchimie des deux compères opère. À la fois grave et léger, mélancolique et serein, limpide et mystérieux, symphonique mais retenu, empli de contrechants chiadés, parsemé de petites touches d'humour et de clins d'œil ludiques, ce calme effilochage des clameurs et des passions d'avant-hier émeut doucement mais sûrement, laissant dans l'équilibre des contraires toute sa place à une lucidité désabusée, qui n'exclut pas la tendresse. Pour un pas de côté c'est plutôt un pas en avant, un peu comme si Ferré s'autorisait via l'intercesseur Caussimon à entrer dans la saison automnale de la vie et à l'habiter de sa plénitude. Assurément une grande réussite, à (re)découvrir !

Alaric Perrolier – 2017
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